Le plus long
carnaval du monde...
 
 
Clôturé par la Nuit de la Blanquette, le carnaval de Limoux fait partie de l'histoire de la ville. Datant du XVIe siècle, comme la Blanquette, il suit des règles transmises de génération en génération.

Limoux a son carnaval dans la peau. Les habitants naissent, grandissent et meurent avec lui. Pendant dix semaines, chaque samedi et chaque dimanche les "bandes" se succèdent faisant de Limoux le plus long carnaval du monde.

C'est aussi le seul carnaval où grâce à la "carabéna" (long bâton qui scande la danse) et à la "chine" (paroles susurrées à l'oreille, une boutade, une allusion intime) le spectateur est indispensable à celui qui est masqué. Il est le but de son déguisement. Il devient un élément actif d'une comédie improvisée. Tout le jeu et le charme trouble de la fête consistent à deviner qui se cache derrière le masque et vous connaît suffisamment pour en savoir si long sur vous.

De janvier à mars,
tous les samedis et tous les dimanches,
trois "sorties" par jour


Les "bandes"animent à tour de rôle les samedis et dimanches ainsi que le Mardi Gras par des "sorties" préparées de longs mois à l'avance. Les bandes "officielles", au nombre de dix, sortent le dimanche. Les bandes "off", environ une douzaine, sortent le samedi. Chaque bande a son costume propre, ses couleurs, son règlement interne.

Les quinze musiciens de la bande donnent le rythme aux "masques". La diversité des instruments (trompette, clarinette, barython, trombone à coulisse, basse, contrebasse, grosse caisse, claire, hélicon) n'est pas un hasard. Elle correspond à la volonté de coordonner le rythme au pas de danse.

Les "masques" dansent seuls, les bras levés, le geste de la main soulignant la mélodie. C'est la pureté de ce geste qui donne au carnaval de Limoux tout son caractère solennel. Précédant la musique, les "bandes" sortent lors de la journée qui leur est consacrée et vont ainsi d'un café à un autre. A tour de rôle, trois par trois, les membres de la bande ont le privilège "de mener" la musique. Il sont le lien entre les musiciens et la bande, ils en sont les chefs d'orchestre. "Mener" leur enlève le droit de "chiner".

Ce sont les autres membres de la bande qui se font un plaisir de le faire, aidés en cela par la "carabena" (prononcer carabeno) qui fait naître la "chine". Derrière la musique, suivent les "goudils", souvent drôles, parfois nobles (en Pierrot de Limoux) ou clownesques. Ils sortent par petits groupes ou bien seuls et incarnent leur personnage avec beaucoup de passion, voire de démesure, tout en se soumettant aux règles typiquement Limouxines : cacher mains, cheveux et cou pour danser "fécos" comme il se doit en s'abstenant de passer devant les musiciens et la bande qui sort.

La "sortie" de 11 heures consacrée à un thème pris dans l'actualité locale, nationale ou internationale met en scène la bande qui "sort" la musique.

La "sortie" de 17 heures se fait sur des airs moins rapides et dans le costume choisi par l'ensemble de la bande, généralement le Pierrot de Limoux qui revêt une forme spécifique.

La "sortie" de 22 heures, la dernière de la journée, est la plus solennelle, la plus merveilleuse. La lueur des "entorches" (torches fabriquées à partir de résine, de frison et de papier) ajoute l'odeur de la résine à la litanie incantatoire.


 
La Nuit de la Blanquette
 
Les "sorties" passent, toutes différentes les unes des autres, pour arriver au dernier jour de carnaval (le dimanche avant les Rameaux). C'est un mannequin personnifiant Carnaval qui est jugé et brûlé avec toute la ferveur des "masques" et des badauds qui se retrouvent pour la Nuit de la Blanquette. Tandis que la liesse se consume et que la Blanquette de Limoux coule à flots, chacun épouse, peu à peu, les contours de son individualité retrouvée.